Vidéoconférence : « Les transformations sociales et culturelles au Maroc, les rôles du mouvement civil »

Vidéoconférence 2

La plateforme kalimat a organisé le 09 mai 2020 sa deuxième conférence à distance sous le thème « Les transformations sociales et culturel les au Maroc, les rôles du mouvement civil entre – enjeux de transformations – et – fragilité d’intervention », animée par le sociologue Khalid Lahsika, enseignant chercheur en sociologie à l’institut de recherche scientifique.

D’abord, Dr. Lahsika a initié son intervention par la présentation chronologique des différents niveaux de transformations sociales générales que la société marocaine a connues, en effet, il a situé les changements suivants :

  • L’augmentation du taux de l’urbanisation et l’industrialisation;
  • le changement d’équilibre entre le rural et la ville en faveur de cette dernière, qui est appelé dans le terme sociologique « urbanisation », est c’est une transition quantitative en apparence, mais il comprend également toutes les transformations qualitatives du mode de vie et des relations avec les autres, la question de pouvoir, de la fréquence temps individuel et de groupe.

Quant à la transformation majeure et fondamentale vécue par la société, comme l’a mentionné Dr. Lahsika, est le changement qui a touché la famille marocaine à partir des années 90, le rétrécissement progressif de la famille élargie, le changement au niveau de la planification familiale et les relations conjugales, (baisse du taux de la fécondité( 2.1%) ,la rupture des relations d’autorité dans la famille, la transformation d’une société patriarcale à une société plus libérale, le début de l’émergence de la responsabilité individuelle et de rationalité des choix, la possibilité de la négociation et l’indépendance relative à la prise de position.

Cette accumulation de changements généraux a conduit à un changement sociopolitique majeur, en particulier sur le mouvement social.

Ensuite, l’intervenant a distingué l’histoire du mouvement social en trois périodes:

  • Avant les années 90 ; qui est marquée par un système politique autoritaire dans lequel il était difficile de construire des mouvements sociaux organisés ;
  • Les années 90, caractérisées par des signes d’ouverture politique, notamment l’entrée des diplômés chômeurs sur la ligne du mouvement social, suivi par des revendications sociales des acteurs sociaux notamment les mouvements féminins, en se focalisant sur des questions centrales comme le genre social et le réforme des lois (compagne d’un million de signature 1991, plan national de l’intégration de la femme au développement).

A partir de 2011, la scène sociopolitique a connu l’émergence de nouveaux mouvements sociaux qui ont revendiqué des droits socio-économiques, tel que le mouvement 20 février, qui a contribué à la promotion d’un espace public virtuel mobilisant et influençant l’opinion public, marquant une nouvelle étape dans l’histoire contemporaine du Maroc.

D’après M. Lahsika, malgré ces évolutions et ces changements socioéconomiques et sociopolitiques, l’action civile au Maroc, reste toujours dans un stade de fragilité qui limite son intervention sur divers niveaux, évoquant dans ce sens certains facteurs tels que :

  • l’éloignement de l’acteur civil des enjeux du changement ;
  • Régression au niveau du volontariat et de militantisme ;
  • La fermeture de l’acteur civil sur soi.

Ajoutant que ce qui a révélé la vulnérabilité de la société civile, est son incapacité d’affronter les nouveaux défis émergeant à la lumière du confinement.

En clôture, l’intervenant a achevé son intervention par la question suivante « Comment la société civile se prépare après le confinement ? »

Des réactions des participants ont eu lieu dans ce sens , tout en s’accordant sur la nécessité de la veille stratégique par la société civile qui devrait être consciente qu’auparavant de son rôle principal :

  • La nécessité que la société civile développe sa stratégie et ses outils pour relever ces défis vécus actuellement en fonction des opportunités offertes ;
  • La nécessité d’institutionnalisation de son rôle dans la théorie du changement, et de forcer son positionnement stratégique pour ne pas perdre son contrepouvoir après le confinement ;
  • Adaptation d’une vision universelle vers un travail civil pionnier et réflexion sur des mesures proactives, d’un plaidoyer efficace et pertinent, pour lutter contre la pauvreté, la fragilité, et l’atteinte aux droits des populations vulnérables (la justice et la protection sociale…) ;
  • La nécessité d’avoir plusieurs plans d’actions civils : un plan pour les circonstances, un plan de développement et un plan d’urgence et de crise.