Vidéoconférence : « Le genre et la vulnérabilité en temps de pandémie et du confinement »

Vidéoconférence1

Conformément aux conditions actuelles dans notre pays en raison de l’épidémie de Corona et au respect des mesures de précaution décidées par l’Etat, et dans l’intérêt de la plateforme de continuer ses activités d’échange et de réflexion ,le jeudi 16 avril 2020 avec la technologie à distance, une première téléconférence- débat s’est tenue pour la plateforme Kalimat qui a eu comme thème ” Genre et vulnérabilité en temps de pandémie et de confinement sanitaire » animée par le Docteur khalid Lahssia enseignant chercheur en sociologie à l’institut universitaire de recherche scientifique , et s’est donnée comme objectif de mener un débat ouvert sur ce qui ce passe en période de cette crise sanitaire, économique et écologique et comprendre que la réflexion de l’après confinement doit être préparée dès maintenant.

Quatre questions principales à débattre étaient signalées dans le programme comme suivant :

  • De quelle manière le couple confinement- contagion a pu redéfinir un nouveau mode d’interaction entre l’Etat, la société et les individus ? Quelles en sont les caractéristiques de continuité et les limites d’efficacité?
  • Quels sont les principaux acteurs de la dynamique de la production de l’acte publique dans le temps du confinement- contagion?
  • Comment se manifeste les disparités liées au genre sur la répartition de la vulnérabilité en temps de la pandémie?
  • Quelle explication donne la société civile à son positionnement actuel ? Comment pourrait-elle faire évoluer les marges possibles de plaidoyer en temps de confinement?
  • Quel type de connaissances nécessaires pour construire une nouvelle vision plus soucieuse des requêtes de protection / prévoyance sociale et lutte contre la discrimination ?

Malheureusement étant donné le peu de temps restant pour la téléconférence, seules deux questions ont pu être traitées.

Etaient présent-e-s lors de cette téléconférence :

  • AHSUD ;
  • UAF ;
  • Nahda ;
  • AICEED ;
  • 100% Mamans ;
  • Agissons avec les femmes ;
  • Amna ;
  • A.A.U.P.E ;
  • Arouss_chamal
  • Casal Dels Infants -Tanger

Ce compte rendu synthétise globalement les opinions générées et les remarques soulevées lors de cette téléconférence.

La parole a été donnée au Docteur Khalid Lahsika, qui a débuté la téléconférence par une présentation introductive par laquelle, il a exprimé ses réflexions sur la pandémie qui assaille le monde, ses dimensions et ses implications sur l’Etat, la société et l’individu.

La parole a été donnée au Docteur Khalid, qui a débuté la vidéoconférence par une présentation introductive par laquelle, il a exprimé ses réflexions sur la pandémie qui assaille le monde, ses dimensions et ses implications sur l’Etat, la société et l’individu.

Il a parlé de quatre dimensions fondamentales de la pandémie :

1- Il s’agit d’un phénomène qui n’a pas d’objectif spécifique ni de pays spécifique comme s’il bénéficiait de la mondialisation et devenait mondial, car pour la première fois l’humanité vit un état exceptionnel et sans précédent de la propagation de l’épidémie qui a commencé à l’extrême pour inclure toutes ses parties sans être limité par des barrières géographiques, culturelles ou politiques, et qui révélé une ressemblance mondiale de préoccupation et de problèmes.

2- Il s’agit d’un fait total et exceptionnel, qui interroge l’individu et le groupe, les oblige à s’adapter et les expose à une série des mesures qui ont secoué l’habituel.

3- La pandémie représente également un fait transformateur, qui questionne les modes de vie, de gouvernance et de planification précédents.

4- Un fait anthropologique primaire, ou les questions liées à l’environnement et à la connectivité deviennent centrales et se posent avec acuité au sein d’une ambiance

d’inquiétude holistique et caractéristique de l’identité et de l’avenir de l’espèce humaine. Dans ce contexte, l’humanité est renvoyée au temps de la stratégie de suivre, après des millénaires d’évolution et des siècles de culture et recours à la connaissance scientifique ayant donné un sentiment de pouvoir et de maitrise de la nature.

Des changements positifs révélés par la crise de Corona et le confinement sanitaire au niveau de la relation entre l’État et la société ainsi dans la vie quotidienne, selon le Docteur Khalid Lahsika :

  • L’état a pu renforcer son rôle social, il est au cœur de l’événement en tant qu’acteur social d’abord et visible dans l’espace publique, dans les médias.
  • L’État est arrivé à produire un discours médical rationnel
  • Certains aspects de la culture politique ont changé.
  • La société a consolidé les valeurs de citoyenneté et a ravivé la culture et le comportement de solidarité sociale inhérents à notre culture et nos traditions sociales.
  • La pandémie a également restauré le leadership dans les connaissances et l’information et ravivé la culture de la reconnaissance, en redonnant de la considération pour certains métiers (La médecine, la recherche scientifique..) qui ont été lésés par l’ordre libérale.
  • La crise a éveillé les consciences sur l’importance d’adopter un mode de vie plus sain et moins polluant pour l’environnement.

En ce qui concerne les répercussions négatives de cette crise sanitaire, Docteur Khalid Lahsika a montré que le recours d’Etat et de la société à des politiques basées sur le confinement et de distanciation sociale, apparait comme un mode de gestion préventive de la crise, mais susceptible de produire de situations sociales inédites avec des degrés différents de fragilité et de capacité de supporter et de répondre aux exigences du confinement , en attirant l’attention sur la face cachée de ce confinement – les inégalités de genre, la peur croissante, la violence familiale qui affecterait négativement la situation de la famille, l’absence d’alternatives structurelles pour les personnes sans domicile fixe ou migrantes, enfants en situation de rue, usagères de drogues se retrouvent davantage précarisées et particulièrement exposées au virus puisqu’elles ne peuvent suivre les recommandations de confinement ou même d’hygiène de base.

A l’issue des éléments précédents présentés par Mr Khalid Lahsika , les participant -e-s ont fait part de leurs remarques sur l’intervention du gouvernement afin d’affronter la pandémie, posant des problématiques réelles à leurs yeux, synthétisées comme suivant :

Les pouvoirs publics n’ont pas impliqué les associations et en tant que partenaire principal et pont entre l’État et les citoyens, à la gestion de l’étape par laquelle passe actuellement le Maroc.

  • Manque d’une interaction positive entre l’État, et la société civile faute d’une politique de communication claire.
  • Perturbation des mécanismes démocratiques représentatifs, que ce soit au niveau du discours ou au niveau pratique.
  • L’absence totale et non justifié de l’acteur politique dans l’espace public.
  • Les procédures qui ont été adoptées pour soutenir les familles touchées par COVID

19 ont créé des formes de discrimination et d’injustice, elles ne respectent pas l’approche genre: une exclusion sociale et économique d’une couche sociale défavorisée.

  • L’absence d’égalité des chances dans l’accès aux services d’enseignement à distance pour de nombreux enfants et jeunes appartenant aux catégories vulnérables et pauvres sans oublier le monde rural car la plupart d’entre eux n’ont pas les moyens techniques et logistique nécessaires (téléphone, recharge ….) pour suivre leur cheminement scolaire.
  • La préoccupation croissante face à l’escalade du phénomène de la violence à l’égard des femmes dans le contexte de la situation de confinement, avec l’accès difficile des femmes battues aux services d’accompagnement, de soutien et d’hébergement.

Toutes ces problématiques mentionnées et ces remarques soulevées, conduisent Docteur Khalid et les participant-e- s, d’une part, à poser la question sur la nature de la réalité souhaitée et espérée pour la période post-Corona? , et d’autre part, de souligner la nécessité de redéfinir les priorité ou au moins de la remettre sur sa trajectoire légitime, d’’une manière qui garantit la justice sociale, réduit les inégalités sociales et renforcer les droits humains.